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[blog] 7 mois après : un bilan (mitigé) du "mariagepourtous" (1e partie)

vendredi 3 mai 2013

La genèse de lemariagepourtous.info

Je me suis toujours foutu du #mariagepourtous. A vrai dire, je m’en fous toujours un peu, je ne suis pas sûr que ça m’intéresse encore aujourd’hui.

Initialement, je ne devais pas être en France, et j’en étais plutôt content : je savais, comme nous tous qui avons connu le PACS et s’en souviennent, que ça allait être violent, dégueulasse, ordurier. Mais voilà, par la force des choses, j’étais là. Il allait bien falloir faire avec.

Les prémices ont commencé fin juillet avec la fameuse “prière du 15 août” lancée par la conférence des évêques de France. Assez subtilement, son instigateur, le cardinal de Paris André Vingt-Trois, a su utiliser des termes très neutres, se contentant de demander une prière “pour la famille”. Le loup sortait du bois, il avait retenu la leçon et se faisait plus sociable.
L’été passe, et le débat se fait, à un petit rythme tranquille, autour de la place - et la légitimité - de l’église catholique à intervenir sur le mariage civil. Rien de méchant. Tout paraît, pour tout le monde, devoir être encore une formalité.

Patatras, le cardinal Barbarin, dans un exercice de style inhabituel pour lui, se lâche au micro de RCF/tlm, et assimile le mariage des homosexuels à l’inceste et la polygamie.

Dans la foulée, Civitas, mouvement intégriste, annonce une mobilisation nationale contre le projet de loi, suivi de près par Frigide Barjot qui, via son association “Collectif pour l’humanité durable", monte le collectif “Manif pour tous”, et annonce une manifestation pour la mi-novembre.

On est déjà mi-octobre. Les arguments des opposants circulent en boucles dans les médias, dont certains cherchent sans doute à se dédouaner de toute partialité, mais plus sûrement par manque de partisans du projet de loi qui soient visibles.
Les fantasmes les plus fous circulent, sans être démentis :

  • danger pour la civilisation
  • disparition des mots de père et mère du code civil et de la langue française
  • il ne faudrait pas toucher au code civil
  • dénaturation du mariage
  • etc. (ils sont tous là, pour mémoire)

En face, les partisans du projet de loi sont aux abonnés absent. l’Inter LGBT est invisible ; les ministres n’interviennent pas, et d’ailleurs personne ne sait qui, de C. Taubira ou D. Bertinotti, va mener le projet de loi ; et les députés ne se font entendre que sur la possibilité ou non d’inclure la PMA dans le projet de loi, et le calendrier.
Pendant ce temps là, on trinque, nous les homos, et chaque jour amène son lot de commentaire ou argument déjà insupportable à entendre, sans soupçonner pourtant qu’il s’agit à peine de l’apéritif.

Sur le net, c’est encore pire. Tout n’existe qu’autour des opposants, qui sont, début novembre, déjà extrêmement bien structurés, trustant toutes les réponses des moteurs de recherche, avec une kyrielle d’associations et de collectifs tous plus différents les uns que les autres, et apparemment compétents sur le sujet.
Du côté des partisans, l’inter-LGBT ne parle pas du projet de loi sur son site, ni aucune autre association. Seule exception notable, que je mets du temps à trouver : SOS Homophobie, qui a acheté le nom de domaine “ouiaumariagepourtous.org” qui renvoie vers une page maigrichonne de son site, avec quelques arguments (qui a d’ailleurs très peu évoluée depuis). Pas folichon, du tout. Peu d’arguments en faveur du projet de loi, encore moins en “dénonciation” des absurdités entendues, aucun recensement des soutiens, rendant ainsi crédible l’argument principal de la minorité agissante.

Twitter s’agite mais là aussi, les opposants se sont organisés en machine à communiquer très efficace, et ne trouvent en face d’eux que de seuls individus pour leur répondre, d’autant plus inaudibles que face aux arguments des opposants ils n’ont que le mot "homophobie" pour seule réponse (par difficulté aussi, il est vrai, d’arriver à démonter la logique très spécieuse qui est derrière).

J’ai la chance de connaître tous ces arguments. Par ma culture, et mon éducation, et mon environnement familial, je comprends les mécanismes qui agitent les opposants, leurs peurs et leurs fantasmes, tous plus culturels les unes que les autres. Par ailleurs, je suis effaré du silence des promoteurs du projet de loi (associatifs et politiques) trop convaincus de leur succès, et je suis comme tant d’autres profondément blessé, et de plus en plus au fil des semaines, par la violence des propos entendus.

Ainsi naît lemariagepourtous.info le 17 novembre, au lendemain de la première mobilisation contre le #mariagepourtous, avec un triple objectif dont je crois avoir réussi à ne pas dévier :

  • répondre à ces peurs et ces fantasmes avec des contre-arguments tout aussi rationnels, mais documentés ;
  • répertorier les articles de presse et études, certes en faveur du projet de loi, mais avec une réflexion de fond, permettant aux indécis -encore nombreux à l’époque- d’affiner leur opinion ;
  • lister les soutiens au projet de loi, afin de montrer qu’il s’agit bien d’un projet de société porté par une part importante de la population, et non seulement un projet communautariste.

lemariagepourtous.info est ainsi le premier "collectif" (hum), premier site, compte twitter et page facebook spécifiquement dédiés au projet de loi … alors que nous sommes mi-novembre !

Quinze jours passent, à repérer les arguments sur twitter, y répondre sur le site, diffuser l’info, établir les revues de presse, etc. Un incident -que je ne comprends toujours pas à ce jour- donne un coup de fouet à la notoriété du site.

(La suite est ici)

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