Accueil > blog > Dédramatisons la "grande musique"

[blog] Dédramatisons la "grande musique"

mardi 5 août 2008

Il y a dix ans environs, je revenais d’un grand périple sud-américain, portant dans mes bagages un banal virus qui était quelque peu sérieux dans mon cas, et nécessita une hospitalisation de deux semaines.
MamandYkoi, en bonne mère attentionnée, m’avait alors apporté dans ma chambre d’hopital un petit poste de radio, qui ne captait malheureusement, dans cette province un peu reculée, que la station locale ("è maint’nant on nécout’ la belle yvette horrenêrre") et France Musique, que j’avais préférée.
En rentrant dans ma chambre un matin, l’infirmière de service me trouva écoutant je ne sais quel concert, et je revois sa surprise "Oh, mais vous écoutez de la grrande musique, à votrre âge ?".

J’étais déjà allé écouter des concerts. Salle Pleyel ou ailleurs, j’avais toujours reçu comme instruction d’être bien habillé, un jean ne se concevait pas. Pas plus qu’un raclement de gorge (mais voyons un peu de respect pour les musiciens !), à peine tolerait on que la tête batte la mesure dans le cas d’un mouvement un peu trop entraînant.
Non, cela ne se faisait pas, et cela ne se fait toujours pas j’imagine. La "Grrande Musique" est une chose sérieuse, faite par des gens sérieux, jouée par des gens sérieux, pour des gens sérieux.
Amen.

Quelques mois plus tard, j’étais enfin établi chez moi (et guéri), je zappais et suis tombé sur la fin d’un concert donné en Angleterre. Un beau théatre, mais tous les sièges avaient été enlevés, créant une immense fosse, dans laquelle se tenaient les spectateurs. Ils n’étaient pas particulièrement habillés, juste leurs habits de ville. Certains dansaient, d’autres se tenaient tendrement l’un contre l’autre, il y avait parfois des applaudissements pour cadencer la musique, parfois même le chef d’orchestre utilisait la salle comme d’un instrument, et elle le suivait.
Au lieu de figures tristes et sombres, il n’y avait là que des sourires, dans la salle bien sûr, mais sur la scène également.

Ce soir, ou plutôt cette nuit (malheureusement, très tard !), France 2 programmait le concert annuel de l’Orchestre philharmonique de Berlin :

Waldbühne 2005 : nuit française

Tous les ans, l’Orchestre philharmonique de Berlin se produit en plein air. Chaque fois, c’est un événement, plébiscité par le public. En 2005, sir Simon Rattle, à la tête de l’Orchestre philharmonique de Berlin, dirigeait les soeurs Katia et Marielle Labèque.

J’ai retrouvé dans ce programme la même philosophie que ce concert anglais, une musique simple, accessible, rendue à son rôle premier : divertir, accompagner les émotions, faire rire ou pleurer.

Cette musique n’a de "Grrande" que le souvenir que nous en avons aujourd’hui, celle des musiciens des cours de Rois ou grands aristocrates, nécessaires pour financer les créations des compositeurs ; mais qui était également jouée devant le peuple, dans ce genre d’ambiance.

A quand sur la place de la Bastille, tous les étés, un Orchestre National de Paris moins snob donnant ce genre de concert en plein air avec des enfants, des rires, des applaudissements, des couples enlacés, bref, plein de vie ?

Vos commentaires

  • Le 06/08/08, Marco En réponse à : Dédramatisons la "grande musique"

    Je me souviens avoir assisté à des concerts de musique "classique" tels que tu les décris : "Tenue de soirée" et pas bouger sous peine d’être fusillé par des regards courroucés et scandalisés. Pas le meilleur moyen de promouvoir ce genre de musique, effectivement.

    Puis j’en ai connu d’autres, bien plus décontractés, au cours desquels néanmoins le public ne faisait du bruit que pour applaudir les artistes, avec lesquels on pouvait tailler la bavette après le concert. Un respect auto-consenti naturel, en somme. J’ai connu ça du côté de Nice (des concerts de musique baroque ou romantique dans des MJC et des églises). Superbe. Mais il existe d’autres lieux tels que la Roque d’Anthéron ou Aix voire aussi Orange (pour l’opéra), etc. Il y en a d’autres. C’est peut-être juste un peu plus intimiste qu’un concert à la Bastille devant 30 mille personnes (je me demande d’ailleurs ce que doivent entendre ceux qui se retrouvent coincés au milieu avec le brouhaha de la foule, mébon). Certaines musiques ne sont pas faites pour des foules immenses et un philarmonique n’est pas nécessairement le meilleur vecteur pour toutes. Au contraire.

    Par contre, je réfute la façon dont tu désignes ce genre de musique. Je sais qu’elle n’est pas de toi mais qu’elle est issue de la conception élitiste et snobinarde qu’une certaine engeance (bourgeoise façon Second Empire) aime à développer par opposition aux musiques vulgaires qu’aime la populace. Le jazz, par exemple, est aussi une grande musique (pour qui a assisté à un concert de Michel Petrucciani, à Grasse, au petit matin face à la Méditerranée, notamment, cela ne fait pas de doute mais on pourrait ajouter d’autres noms). Tu le soulignes d’ailleurs, cette "grande musique" était aussi une musique populaire dont elle s’est très souvent inspirée (prenons les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau, par exemple). La grande musique est celle qui parle à l’âme et qui transcende nos sentiments (la joie, la peine, la mélancolie, l’insouciance, la jalousie, etc.). Il arrive que la musique "classique", quel que soit son style, en soit. Mais ce n’est pas toujours le cas. Loin s’en faut.

  • Le 06/08/08, ydikoi En réponse à : Dédramatisons la "grande musique"

    Je voudrais pas dire, Marco, mais moi j’aurais plutôt parlé de "musique pour le grand petrucciani" … ok je sors :-))

    cela dit, juste pour clarifier, c’est pas moi qui désigne les musiques classiques par "Grrande Musique" … j’ai perdu mon accent bourguignon il y a longtemps, je ne roule plus les "r" :)

  • Le 08/08/08, Marco En réponse à : Dédramatisons la "grande musique"

    J’avais bien compris mais si je peux plus faire mon intéressant, je rentre chez moi ;0)

blog | photo | web | Suivre la vie du site RSS 2.0