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[blog] Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

lundi 7 janvier 2013

Koztoujours (de nouveau lui) s’attaque au nouveau cheval de bataille des opposants au mariage pour tous : la question de la filiation. Et ça commence fort :

La dissociation entre la personne et ses actes, ses choix, n’est pas de la casuistique, pas du jésuitisme : elle est un principe moral fondamental pour le chrétien

Donc pour les chrétiens (enfin, ceux comme Koztoujours), l’homosexualité relève toujours d’un choix ? Au XXIe siècle, en France ?

Il n’est évidemment pas question de sous-estimer la souffrance des homosexuels

S’il y avait encore un doute sur la foi toute catholique de Koztoujours, le voilà levé, avec le retour de ce regard compassionnel si souvent invoqué par l’église catholique pour justifier son amour des homosexuels, comme de toute personne souffrante.
Mais il est vrai avec un tel biais, la question du droit à l’enfant prend tout de suite une autre tournure.

Il s’appuye sur deux pédopsychiatres opposés au projet de loi, Christian Flavigny et Pierre Lévy-Soussan. Deux remarques :

L’argument fort, sur lequel convergent tant Flavigny que Lévy-Soussan est que : “ce qui ne "marchera" pas, c’est d’affirmer à un enfant qu’il a deux pères ou deux mères, qu’il est issu de deux hommes ou deux femmes”.

Face à l’argument “mais pourquoi tenez-vous tellement à faire croire que les homos mentiraient à leurs enfants”, vient l’argument imparable : bien sûr que les parents le diront, mais là, “c’est pourtant bel et bien ce que pose la loi, c’est ce qu’elle va instituer”.
Hélas, trois fois hélas … la loi ne dira pas que l’enfant a deux pères (ou deux mères) biologiques, elle n’institue rien en ce sens. La loi va dire que la filiation de l’enfant, c’est à dire que le “lien de parenté unissant ascendants et descendants” s’établit dans une famille homoparentale. La loi ne définit pas le biologique, juste le fait que l’enfant s’inscrit dans la lignée de ses deux parents.

Et on termine ce premier chapitre sur "Destins de l’adoption, destins de la filiation" avec un superbe amalgame entre l’épisode de l’Arche de Zoé, et l’adoption par les couples homosexuels.

Mais ce que nous avons raté avec Haïti, avec l’Arche de Zoé, dans la précipitation et l’excès de pathos, allons-nous vraiment l’institutionaliser avec l’adoption par les homosexuels ?

Sans commentaire, pour une fois.

Egalité, vous dites ?

Koztoujours nie la notion d’égalité portée par le projet, au motif de la différence :

Pourtant le bien-fondé d’un tel mot d’ordre est discutable en lui-même. Pour satisfaire des motivations purement tactiques, il prend toute sa part dans les fantasmes d’infériorité et de supériorité, et la souffrance subséquente des homosexuels.

Car la question n’est pas celle d’une inégalité mais d’une différence. La question n’est pas celle d’une différence de niveau, de valeur, mais de nature : les homosexuels ne sont pas inférieurs, ils sont différents. Homosexuels et hétérosexuels ne sont pas inégaux devant la procréation, ils sont différents. Et leur statut actuel n’est en rien inférieur, il est différent. Il n’y a rien à égaliser, ou aplanir.

Faut il juste rappeler que c’est au nom de la différence que les femmes se sont si souvent vu refuser les mêmes droits que les hommes, celui de travailler, celui de voter, celui de disposer de leur corps ?

Faut-il rappeler que l’honneur d’un pays, d’une civilisation est justement de dire, et affirmer : différents, mais pas moins égaux ?

Le mariage, une reconnaissance ?

Le mariage n’est pas une reconnaissance sociale. Il n’est pas la "reconnaissance d’un amour" : les amoureux ont-ils donc besoin de la reconnaissance de la République et de l’Etat ?

Oui, mais non.
Non, d’abord, parce qu’effectivement, le mariage n’est pas la reconnaissance d’un amour.
Oui, ensuite, parce que le mariage est la reconnaissance par l’Etat d’un engagement de vie, reposant sur les quatre promesses du mariage civil que sont la communauté de vie, l’assistance, la fidélité et le soutien. C’est la reconnaissance de la validité de la cellule familiale, qu’elle soit ou non porteuse d’enfants, qui fait que ce même Etat transfère des droits à la famille, en contrepartie de devoirs qu’elle lui impose, comme celle d’assistance.

Il y a à peine plus de six mois, la PMA (Procréation Médicalement Assistée ou l’IAD, Insémination Artificielle avec Donneur) était écartée comme une lubie d’opposants tentant de discréditer le projet. Pourtant, aujourd’hui, le rapporteur du projet la considère, par anticipation, comme un "pilier de la loi", dont elle n’est pas censée faire partie.

Avant d’affirmer que la PMA (on parle d’ailleurs d’AMP depuis les dernières lois sur la bioéthique de 2004) n’était pas dans la plate-forme de revendication depuis le début, il suffisait de se renseigner un peu. Ou alors (plus probable à mon avis) confond-il avec la Gestation pour autrui (les mères porteuses), dont il n’est absolument pas question dans le projet de loi, au grand dam de Pierre Bergé ou E. Badinter certes.

La société doit-elle évoluer ? Et la loi reconnaître que la société d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui ? Libre à chacun de croire qu’il eut mieux valu ne pas acter les modifications sociétales, et rester dans un statut quo. A quel niveau aurait-il fallu fixer celui-ci ? La conception de la famille du XIXe siècle ? Celle de l’après guerre ? Avant 1968 ?

Oui, seul point sur lequel je serai peut être d’accord : “la loi (et même : la Loi) doit tendre au juste et au vrai”.
Car comme cela a pu être dit ailleurs :

C’est le long cheminement de l’Histoire qui veut que nous apprenions à ne plus avoir peur de ce qui est différent de nous, et à le respecter.
Et c’est ce qui fait toute notre Humanité.

Les familles homoparentales

Oui la loi, de fait, reconnaît les familles homoparentales ; et non, de fait également, la situation actuelle ne permet pas de "leur offrir un (...) cadre [stable]".

Oui, la loi devrait permettre à des femmes mariées d’avoir un enfant par le biais de l’AMP, et c’est une bien étrange argumentation que de dénoncer dans le même chapitre que “la loi va valider la mise au monde d’enfants intentionnellement privés de père” pour reconnaitre quinze ligne plus bas que c’est déjà le cas : “Erwann Binet a curieusement affirmé que la PMA serait réservée aux femmes mariées (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui)”.

Pourquoi prendre l’excuse de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe pour dénoncer que “l’on bascule à l’évidence dans une situation de droit à l’enfant”, alors que cette situation existe depuis longtemps déjà ? La reconnaissance par la Loi de la contraception, et de l’IVG, ont déjà acté le principe de “droit à l’enfant”, en reconnaissant que les familles pouvaient librement décider d’avoir -ou non- un enfant. Et à chaque fois, cette reconnaissance a été mise en parallèle avec des garde-fous, avec l’amélioration des droits de l’enfant.

Que la filiation, et donc l’inscription dans une histoire familiale soit reconnue par la Loi, pose effectivement de nouvelles questions quant aux droits de l’enfant. Mais ces questions existent depuis longtemps : levée de l’anonymat des donneurs, fin de l’accouchement sous X, etc., et il est particulièrement injuste d’insinuer que toutes ses situations serait nouvelles au prétexte du projet de loi.

Pour toutes ces raisons, et pour avoir écouté longuement (moi !), les interventions des pro et des anti, je persiste à dire que les opposants au projet de loi sont sur une conception de la famille qui ne correspond plus à notre société, à la réalité, mais fondée sur une situation utopique dont le plus proche modèle, et le plus hypocrite, est celui du XIXe siècle. Leurs arguments sont fondés sur des peurs, des fantasmes, et ils n’ont aucune confiance dans l’intelligence de l’homme, qu’ils opposent trop souvent avec leur propre foi.

Vos commentaires

  • Le 07/01/13, Damdam Dého En réponse à : Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

    « C’est le long cheminement de l’Histoire qui veut que nous apprenions à ne plus avoir peur de ce qui est différent de nous, et à le respecter.
    Et c’est ce qui fait toute notre Humanité. »
    Euh...
    Les Serial Killer sont très différents de nous, et pourtant, pas sûr qu’on va les respecter et ne plus avoir peur d’eux.
    Tout ça pour dire que l’argument qui dit que tout ce qui est différent est une évolution/amélioration est bidon. Et non se n’est pas humain de tout accepter.

  • Le 07/01/13, Le défenseur des droits... En réponse à : Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

    Vous écrivez "Avant d’affirmer que la PMA (on parle d’ailleurs d’AMP depuis les dernières lois sur la bioéthique de 2004) n’était pas dans la plate-forme de revendication depuis le début, il suffisait de se renseigner un peu. Ou alors (plus probable à mon avis) confond-il avec la Gestation pour autrui (les mères porteuses), dont il n’est absolument pas question dans le projet de loi, au grand dam de Pierre Bergé ou E. Badinter certes."

    Mais ne pas inclure la GPA est source d’inégalités entre les couples homosexuels ! C’est très probablement avec ce type d’argument qu’on justifiera un amendement ou une nouvelle loi dans quelques mois. Vous voyez, on peut tout justifier lorsqu’on invoque l’égalité...

  • Le 07/01/13, kiki En réponse à : Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

    comparaison débile ! argument à la con...
    les serials-killer tuent les couples homosexuels non...

    et le meurtre et punie par la loi l’homosexualité et l’homoparentalité non...

    c’est malheureux humain par contre d’être homophobe ou raciste, ça n’en est pas moins intolérable et condamnable.

  • Le 07/01/13, ydikoi En réponse à : Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

    Non :
    La PMA est autorisée, sous conditions, aux couples mariés. D’où la demande qu’elle soit reconnue à tous les couples mariés.

    La GPA est illégale en France. Interdite aux couples mariés, elle sera également interdite aux couples homosexuels, quand l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe sera effective.

    Discuter de la GPA ne participe donc pas d’un débat sur l’égalité, mais sur la bioéthique.

  • Le 07/01/13, kiki En réponse à : Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

    concernant l’inégalité entre l’accès à la PMA et la GPA, aujourd’hui des couples hétéros stériles qui ne peuvent recourir à la PMA n’ont pas le droit de recourir à la GPA et ils ne sont pas inégaux pour autant ! ce sont 2 pratiques différentes et déjà légiférées dans la loi bioéthique.

  • Le 07/01/13, henri En réponse à : Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

    euh... sur le premier point vous n’avez pas compris... la dissociation personne/acte n’est pas utilisée pour dire "je condamne l’homosexualité mais pas les homosexuels" mais pour dire "je suis contre le mariage homo mais pas contre les homo, même s’ils se marient ou adoptent".

    Mais c’est vrai que ça vous donnait une réponse facile et qui claque.

  • Le 07/01/13, ydikoi En réponse à : Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

    @henri Sur le premier point, si vous avez bien lu, je ne parle pas de la dissociation "personne/acte" (quoi qu’il y en aurait à dire), mais sur le "choix".

  • Le 07/01/13, henri En réponse à : Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

    @ydikoi : on est d’accord, mais koz ne parle pas du choix d’être homo ou pas, mais de se marier/d’adopter

  • Le 07/01/13, ydikoi En réponse à : Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

    @henri : c’est votre interprétation. Je viens de relire le paragraphe concerné, Koz parle bien "de la personne, de ses actes et ses choix" : rien ne permet de dire qu’il ne s’agit que du choix de se marier.
    Et quand bien même, vous devriez lire le lien cité : c’est une part de notre humanité qui est en jeu qui vous éclairera sur la question du "choix" tel que vous le posez.

  • Le 16/01/13, Christophe En réponse à : Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

    Voilà un bel article qui recadre bien le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, qui est le vrai non de ce projet et tout cela sans agressivité. Cela fait du bien.

  • Le 17/01/13, ydikoi En réponse à : Etre là, pour l’enfant ? Ou comment vicier un raisonnement

    merci bcp :)

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