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[blog] Minas Morgul - le run final (1)

mardi 1er décembre 2009

Samedi - 14h30, Gijon

Confortablement installé dans les toilettes de la capitainerie de Porto (comparées à celles d’un voilier, si, c’est confortable !), je rumine sur la traversée qui s’annonce vers Gibraltar. Je sais que nous partons dans l’après midi, la bascule de vent promise est là, je ne sais pas à quelle sauce je serai mangé. Débarquer, oui. Mais oublier Gibraltar, son cap mythique, cette expérience qui par ailleurs me remplit de bonheur, de sérénité, de paix avec moi même ?

Mé puté qu’il me fait chyer ce cong !” éructe Zeboss que je n’avais pas entendu rentrer, de l’autre côté de la porte. 5 minutes plus tard, au retour au bateau, l’explication sera brève, et le laissera pantois : il n’imaginait pas que je puisse envisager de le laisser en plan, ni même qu’il me traitait comme de la merde. Mais il accuse le coup, et se tiendra, jusqu’à la fin (ou presque), à une gentillesse et une modération dans ses propos qui m’ont profondément surpris : je ne l’en pensais pas capable, du moins d’avoir envie d’en faire l’effort.

Dimanche - Dans la nuit

La mer se calme, la très forte houle qui nous accompagne depuis le départ de Porto s’est réduite, la navigation se fait plus confortable.
Nous passons au large de Lisbonne, nous n’apercevons que les lumières de l’embouchure du Tage. Quel dommage ! J’aurais tant aimé, après cette découverte de Porto, y aller. J’ai envie de succomber à son charme, ça serait sûrement le cas, il paraît que c’est encore plus beau que Porto. Et cette gentillesse, cette nonchalance portugaise : des grands mères qui prennent à partie une jeune mère dans le métro, pour s’extasier sur la beauté du bébé ; ce groupe de copain qui rigole et blague, et bientôt c’est tout une partie du wagon, qui participe, rigole ouvertement, répond, blague à son tour ; ces adolescents qui se croisent, se font des sourires et des gros yeux, se retournent discuter avec leurs copains, et au final, au moment de se séparer, glissent dans la main de l’autre, ouvertement, leur numéro de téléphone …ça sent le bonheur de vivre, la simplicité.

Lundi - dans la journée

Nous passons au large de Péniche, entraperçue dans un Thalassa, et qui la première m’avait fait rêver sur cette côte. Nous filons raisonnablement vers Gribraltar, au rythme de nos quarts de 3h. Adios Portugal !

Mardi - au large de Cadix

Le vent se fait contraire, il vient du Sud Est, il faut tirer des bords. Le bateau tape dans les vagues, je me surprends à avoir tant de mal à le barrer, à passer doucemenent. Je me remets à douter de mes capacités, je ne serais donc qu’un piètre marin ?
Zeboss ne dit rien, il continue visiblement ses efforts, mais son visage le trahi : il n’arrive pas à dormir quand je suis à la barre, et même si je sais qu’il a le sommeil fragile, ce n’est pas pour me rassurer sur mes compétences.
L’explication viendra plus tard, plusieurs jours après : le bateau était surtoilé
 [1]
et Zeboss a visiblement un problème psychologique à réduire la toile quand il est pressé, perdre quelques pourcents de vitesse.

Mercredi - Petit matin

Entrée dans le détroit de Gibraltar. Longer tous ces bateaux est particulièrement impressionnant, surtout les plus gros, super porte-conteneurs ou mega paquebots en route pour la saison d’hiver aux Antilles. Spectacle fascinant de la démesure humaine.
Autant la partie Atlantique du Détroit est relativement bien organisée, les bateaux se suivant pendant plusieurs miles natiques en le prolongement du rail
 [2]
, autant la partie méditerranéenne est un vrai bordel. Les bateaux arrivent de toutes les directions, ou se dispersent dans tous les sens.
C’est déjà la nuit, et nous voilà, petit poucet de 13m de long à peine, perdu au milieu de ces monstres qui nous bousculeraient sans s’en apercevoir. Il faut avoir une sacré confiance dans les règles de navigation, aussi simples qu’efficaces, et dans la qualité de la veille des marins, du haut de leur passerelle, qui vous doublent à deux fois votre vitesse … tout en ayant, malgré tout à tout moment, une stratégie d’évitement prête, juste au cas où…
Etrange, surprenant, stressant, quand 15 cargos de taille diverse gravitent dans un rayon de moins d’1 km autour, les uns doublant à gauche, les autres à droites, en croisant d’autres des deux côtés, devant ou derrière !

Notes

[1Quand le vent se lève trop, il faut réduire la surface des voiles - prendre un (ou plusieurs)ris - pour garder la maniabilité du bateau à la barre, mais en sacrifiant du coup légérement la vitesse (wiki)

[2Un rail est “un dispositif de séparation du trafic (dont le sigle est DST), établi afin de réduire les risques d’abordage dans une région ou le trafic maritime est dense dans les deux sens, et dans les zones où se croisent des flux importants de navires” (wiki)

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