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[blog] Six heures du matin

mardi 20 janvier 2009

Non, pas les miens, où tambours et grosses caisses mettaient un joli chaos dans ma tête.

Non, six heures du matin à Washington. Les images de CNN montrent des rues vides de tout véhicule civil, mais remplies de gyrophares ; et les trottoirs et le mall devant le capitole déjà remplis de plusieurs dizaine de milliers de personnes … plus de cinq heures avant le début des festivités, et par -7°c. C’est une image impressionnante.

Depuis plusieurs mois maintenant, en même temps que je participe de cette émotion collective et grandissante, je cherche à comprendre les raisons qui me font accorder tellement d’importance à un homme qui ne dirigera jamais mon pays, n’aura aucune influence directe sur ma vie.

C’est le Dr Krollspell qui m’a involontairement soufflé la solution.

La couleur de sa peau. Oui, il est noir. Enfin, métis plus précisemment, mais aux Etats Unis, où il faut se revendiquer d’une race, il est noir.

Tout le monde parle de ce premier président noir, mais je n’ai lu ni n’ai entendu la signification profonde - à mon sens - de cette négritude : dans un pays connu pour son communautarisme, dans un monde où le regard de l’autre se défini d’abord par la communauté à laquelle on appartient - on est gay, black, juif, arabe, …, et encore plus depuis 2001, cet homme a été élu non pour ce qu’il est au premier abord, mais pour ce qu’il professe, pour qui il est. Non parce qu’il est noir, mais parce qu’il a été jugé le plus compétent par ses compatriotes.

Ce n’est pas un noir qui accède à la présidence américaine, mais un homme, qui se trouve être noir. La nuance est subtile, mais de taille : sa race n’est plus une définition de son humanité, mais un accessoire, une composante.

C’est un pas historique en ce sens, parce que la disparition des racismes, antisémitisme, homophobie & co passe par là : reconnaître que si ces différences peuvent être visibles, et sont indissociables de notre être, elles ne le restituent pas dans sa complexité. Et on sous-estime, j’en suis sûr, la portée historique du discours d’Obama sur les races (mars : Un discours historique).

Les discours, justement, et des mots-clés.

Celui du rassemblement d’abord, sans distinction de couleur, croyance, ou autre différence. Je me souviens tout particulièrement de cet épisode de la campagne électorale, où Colin Powell parlait de cette mère qui se recueillait sur la tombe de son fils au cimetière militaire d’Arlington, une tombe musulmane pour un soldat US mort en Irak.

Celui du rassemblement encore, quand Obama honore, la veille de son investiture, son adversaire McCain qui déclare qu’il sera un adversaire vigilant, et que le président élu rajoute : “c’est ce qui doit être fait”. Pas un rassemblement proclamé mais qui déstabilise l’autre, qui le stigmatise, un rassemblement qui le renforce, lui donne toute son ampleur, le respecte.

Et le mot hope, espoir, enfin, jamais entendu avec une telle force depuis septembre 2001, jamais asséné avec une telle constance. L’espoir des dernières élections en France était mâtiné de peur (c’est le moins qu’on puisse dire), la peur de l’étranger (identité nationale), la peur de l’intérieur (nettoyage au karsher), …

Cette élection marque, finalement, le début de la fin d’un certain manichéisme, en politique tout du moins, qui avait cours depuis - au moins - les années quarante, où le monde, la politique, étaient divisés en deux : les bons, et les méchants ; les blancs, les noirs ; les hétéros, les homos ; la droite, la gauche ; …

Obama ne changera peut être pas le cours de l’Histoire (ou alors, ce sera la cerise sur le gâteau). Mais il a déjà marqué l’Histoire, de manière irréversible.

J’ai cet espoir, le seul pour l’instant, et je m’y accroche :)

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