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[blog] le syndrôme du caca

dimanche 6 décembre 2009

Quand on part en mer, on ne part pas pour le confort. Sauf à avoir un mega top super yacht (et se délester d’autant de millions d’euros), la surface habitable d’un voilier de 12/13 mètres ne doit pas dépasser les 30m2, avec un minimum de deux cabines, un carré (salon), une cuisine et une salle de bain … c’est dire si l’espace est compté.

Les cabines font la taille de la couchette (double), plus 1 mètre carré pour pouvoir se lever en sortant de son lit ; la cuisine est une kitchenette, parfois en U, ou alors allongée, avec - royalement - un petit évier, un frigo (la porte est verticale, comme un puit) et un combiné réchaud - deux feux - four ; le carré est composé de deux banquettes, pouvant tenir 3 personnes, autour d’une table repliable ; et le cabinet de toilette contient un WC, de petite taille, et un lavabo.

Rien ne m’a jamais fait peur, à l’idée de passer une ou deux semaines sur un bateau, ni l’humidité, ni le manque d’espace, ni les coins et recoins partout, sauf l’utilisation des WC. Il faut dire qu’ils sont un peu particulier sur un navire, et qu’ils n’ont pas grand chose de commun à ceux qu’on peut avoir chez soi.

D’abord, la taille de la lunette doit bien être inférieure de 20% à celle des modèles "habitation".

Ensuite, le trou d’évacuation est riquiquimini, peut être 3,5 ou 4 cm de diamètre.

Et enfin, pas de chasse d’eau, une manette (sur la photo, à droite) à deux positions : une pour faire rentrer de l’eau de mer, l’autre pour évacuer tout ça.

Et qui dit petit, pompe, marin, joints, dit fragile, forcément. Fragile parce que parfois un joint casse, provoquant une fuite d’eau - chiant, mais ça se gère -, et fragile aussi parce que, parfois, ça se bouche. Et dans ce dernier cas, la règle que j’ai toujours entendue est facile : “c’est celui qui bouche, qui débouche”.

Quand nous sommes partis des Sables d’Olonnes, je n’y ai pas pensé. D’abord, il fallait se faire au bateau, et à Zeboss, et à la mer. Et comme nous n’avions ni l’un ni l’autre très faim, nous n’avons pas beaucoup mangé. Deux jours après le départ, c’était Gijon, et ses sanitaires. Puis Ribadeo, encore des sanitaires. Je n’ai, pendant cette première partie, pas vraiment eu le temps d’avoir envie d’aller faire ma grosse commission.

Mais au passage du Cap Finistère, alors que je savais qu’il nous restait 36h de navigation pour arriver à Porto - si nous nous y arrêtions -, l’envie m’a prise en début d’après midi. La mer était forte, le vent aussi, l’allure inconfortable … j’ai fait inconsciemment la sourde (oui, celle de gauche) oreille.

Mais le soir, au mouillage, dans la petite crique, je me suis malgré tout rendu à l’évidence : je n’allais pas pouvoir me retenir très longtemps, il allait bien falloir que je me jette à l’eau. Heureusement, nous étions à l’arrêt, le bateau stable, et plat.

Il faut imaginer la situation : je suis assis dans un local de 2m2 à peine, sur une cuvette où mon petit cul postérieur déborde largement (où c’est l’impression que j’en ai, en tout cas), les genoux qui buttent contre la porte, retenant ma respiration à l’idée de faire un trop gros étron, et de toute façon bloqué parce que Zeboss se trouve à moins de deux mètres de moi, séparé seulement par une cloison aussi épaisse et isolante qu’une feuille de papier.

Bref, je n’étais pas fier.

Et puis, en moins de dix secondes, l’affaire est dans le sac. Je ne suis pas rassuré pour autant, je sais ce que j’ai ressenti, reste le plus délicat : l’évacuation hors bord. Je contemple d’un air vaguement effaré le résultat de ma concentration, et je comprends enfin toute la saveur de cette citation de la Bible : “il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un riche d’entrer au royaume des cieux”.

Et donc, je pompe. J’ouvre la vanne, l’eau rentre, je pompe et je pompe. Je ferme la vanne, je repompe, une fois, rien ne bouge, deux fois, ça bloque, pas dans l’axe. Il commence à faire chaud dans les toilettes.

Je rebascule la vanne, je continue à pomper, l’eau rentre, j’en mets une bonne quantité cette fois. Je referme, et repompe, repompe. Ca hésite, ça va mais revient, et puis finalement disparaît dans ce petit bout de tuyau. Je m’empresse de refaire le processus complet une fois encore, on ne sais jamais, et une autre fois pour le doute : ça va, enfin, on dirait.

Je me relève, un petit sourire sur les lèvres. Non, ce ne sont même pas des chiottes pour nain qui m’auront eu.

(mais quand même … l’appréhension était bien là à chaque fois, et restera sans doute longtemps)

Vos commentaires

  • Le 06/12/09, France En réponse à : le syndrôme du caca

    Ha ben c’est pas de lire ça qui va me réconcilier avec les boîtes en plastique qui vont sur l’eau. Je retire ce que j’ai dit sur le caravaning. La plaisance, c’est pire y a même pas moyen d’aller se cacher derrière un arbre !

  • Le 08/12/09, ydikoi En réponse à : le syndrôme du caca

    Pfffffff ! Alors que je viens justement de te montrer que tout ça c’est dans la tête, et qu’au contraire tout se passe très bien

    Et puis en mer, encore mieux, t’as la mer pour toi toute seule, tu peux faire tout ce que tu veux où tu veux, sans qu’on te dérange :-D

  • Le 22/12/09, Twiga En réponse à : le syndrôme du caca

    Pas de message depuis le 6 décembre ???... T’es où ?

  • Le 04/06/10, Al West En réponse à : le syndrôme du caca

    Ah ah  ! Et au moins, si tu es là pour en parler, c’est que tu n’as pas oublié de refermer la vanne-par-laquelle-sinon-le-bateau-peut-se-remplir ! Enfin, je constate que tu maîtrises également l’artde la parabole, avec cette citation de la Bible (il ne me serait jamais venu à l’idée de penser à cela en de telles circonstances).

    Désolé pour cette observation tardive, mais bienveillante.

    Amicalement.

    Al.

  • Le 11/06/10, ydikoi En réponse à : le syndrôme du caca

    Justement, il fallait bien trouver une parabole …

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