Archives novembre 2012

    30 novembre 2012

  • [blog] Lettre à mon frère

    J’ai appris incidemment ce soir que tu avais participé à la manifestation du 17 novembre dernier, et je veux te dire toute la peine que cela me fait.

    Je sais, dans ton esprit, il n’y avait rien de personnel : tu as manifesté contre le mariage des homosexuels et ses conséquences. Mais tu le sais, je suis homosexuel : je fais donc partie "des homosexuels". C’est de moi dont on parle, aussi.

    Tu as manifesté pour dire que la famille que je formerai, un jour, ne sera jamais une famille ;
    Tu as manifesté pour dire que par essence, mon couple ne pourrait pas être stable ;
    Tu as manifesté pour dire que ma famille n’était qu’une question de protection matérielle ;
    Tu as manifesté pour dire que ma famille serait une menace pour la société ;`
    Tu as manifesté pour dire que mon engagement de fidélité, de soutien, d’assistance, de communauté de vie n’aurait jamais la même valeur aux yeux de la société, à tes yeux, que celui que tu as pu faire il y a 25 ans ;
    Tu as manifesté pour dire que j’étais égoiste à demander à l’Etat de qu’il m’accorde les droits et les devoirs d’un père, que je répondais à une pulsion, comme si tu ne savais pas que cela fait vingt ans que j’attends cela et que je réfléchis au père que je pourrais être ;
    Tu as manifesté pour dire que ma famille serait dangereuse pour mon enfant ;
    Tu as manifesté pour dire que je mentirais à mes enfants, moi qui ai le mensonge en horreur ;
    Tu as manifesté pour dire que je serais incapable d’éduquer correctement un enfant, pour dire que je ne pourrais pas lui transmettre mes valeurs, nos valeurs ;
    Tu as manifesté pour dire que ça serait largement suffisant pour moi d’aller demander à un tribunal qu’il reconnaisse mon autorité sur mon enfant, celui que j’élèverais avec l’homme que j’aime ; t’imagines-tu un instant aller quémander à un juge qu’il reconnaisse la tienne, d’autorité ?
    Tu as manifesté contre les familles homosexuelles, tu as manifesté contre moi.

    Je suis celui qui aimerait fonder une famille, avec ou sans enfants ;
    Je suis celui qui voudrait construire une famille d’une vie, stable, belle ;
    Je suis celui qui aimerait qu’on lui dise que sa famille est aussi belle que la tienne ;
    Je suis celui qui aimerait qu’on reconnaisse enfin, que ma famille peut être aussi chargée de valeurs que la tienne ;
    Je suis celui à qui tu as dit : “si tu veux être une famille, demande à un juge”.

    Je pleure et je suis triste, parce qu’en allant battre le pavé, tu n’as jamais pensé “c’est de mon frère dont on parle”.

    Je me sens humilié, rabaissé, moins que rien, parce qu’en allant manifester, tu as dit que finalement tu acceptais que j’aime quelqu’un, mais que jamais que tu ne me considérerais comme toi, comme vous, comme une famille.
    Je pleure parce que si toi, si vous avez bien fait attention à ne scander aucun insulte directe, vous n’avez fait que ça : me dire que mon Amour était impur, dangereux, indigne.
    Je pleure, parce que je croyais que tu me connaissais mieux que ça.

    Il y a six mois, tu m’avais dit que tu voulais qu’on arrête d’accuser d’homophobie de manière systématique tous ceux qui sont contre le mariage pour les couples homos. Tu vois, je ne t’en ai pas parlé. Je n’ai pas parlé du lien avec la zoophilie, l’inceste, la pédophilie (Mgr Barbarin, Christine Boutin), parlé de supercherie (Mgr André23), ni fait de parallèle avec le terrorisme (député Dhuicq). Je n’ai pas parlé non plus de cette diatribe abjecte, dégueulasse du Point.

    Non, il ne s’agit pas d’homophobie, il s’agit de toi, et de moi. Rien que nous deux.

    Je t’aime, tu le sais. Ta famille, c’est un peu ma deuxième famille, tes enfants sont un peu les miens. Ma tristesse n’en est que plus grande. J’ai envie de crier ma colère et ma douleur, quelque chose s’est brisé dans mon cœur.

    Y.

  • Vos commentaires

    • Le 30/11/12, Orpheus En réponse à : Lettre à mon frère

      Sincères condoléance.

    • Le 30/11/12, Eric En réponse à : Lettre à mon frère

      Nouvelle illustration, si besoin en était, que l’on est jamais bien trahi que par les siens…

    • Le 30/11/12, ydikoi En réponse à : Lettre à mon frère

      @Orpheus : condoléances ? pas encore, personne n’est mort ;) Mais merci

      @Eric : et que long est le chemin …

    • Le 30/11/12, Paumé En réponse à : Lettre à mon frère

      Change de famille !

    • Le 01/12/12, orpheus En réponse à : Lettre à mon frère

      Ydikoi : Condoléances pour les illusions que tu pouvais avoir

    • Le 01/12/12, ydikoi En réponse à : Lettre à mon frère

      Oh, je n’en avais pas vraiment, je me doutais que des membres de ma famille y sont allé, je les connais un peu à force ;)
      Mais j’en ai eu confirmation, et je ne l’attendais pas de lui, surtout lui en fait.

    • Le 01/12/12, Rouge-cerise En réponse à : Lettre à mon frère

      Je crois que définitivement, les hétéros ne se rendent pas compte que "les homosexuels", ce sont des hommes et des femmes, parfois leurs proches. "Les homosexuels" restent ces clichés qu’ils imaginent, et ils ne réalisent jamais qu’au travers d’un prof, d’un médecin, d’un animateur, ils ont confié leur propre enfant à une femme ou un homme homosexuel. Et qu’à ce moment là, ils étaient bien capable de faire la différence entre ce qui se passe dans un lit et le reste.

    • Le 01/12/12, Marge En réponse à : Lettre à mon frère

      @ydikoi : Décidément, ils ne te méritent pas ! Comme ça reste ta famille, j’espère que tu arriveras encore à faire preuve de magnanimité face à l’égoïsme, la lâcheté et la facilité que leur offre l’agression comme exutoire à leur vacuité et à leur propre inadaptation sociale.

      @Rouge-cerise : puisqu’on est dans la magnanimité, je vais supposer que ton raccourci qui met tous les hétéros dans le même sac n’était dû qu’à l’émotion et à la rapidité d’une réponse où tu n’avais pas eu le loisir de peser tes mots...

    • Le 02/12/12, Rouge-cerise En réponse à : Lettre à mon frère

      Marge >> Si je remplace "Je crois que définitivement, les hétéros ne se rendent pas compte" par "Je crois que définitivement, ces hétéros ne se rendent pas compte" ou mieux "Je crois que définitivement, les hétéros qui manifestent ne se rendent pas compte", ça va mieux ? Mon raccourci en était un, en effet. Puisqu’on reste dans la magnanimité, je présume que votre raccourci qui met toute la famille d’Ydikoi ("Comme ça reste ta famille,") dans le même sac n’était dû qu’à l’émotion et à la rapidité d’une réponse où vous n’aviez pas eu le loisir de peser vos mots... ;-)

    • Le 02/12/12, Rouquette En réponse à : Lettre à mon frère

      On croit se connaître bien, puisque de longue date, puisque du même sang... mais on ne se connait pas. Les liens du sang sont parfois bien lâches... Dans les 2 sens du terme... Même s’ils sont solides, ils se serrent et se desserrent, et même l’actualité les met à mal. C’est moche. Tristement humain. Bon courage.

    • Le 02/12/12, Marge En réponse à : Lettre à mon frère

      @Rouge-cerise : Jolie réponse, bien vue :-)

    26 novembre 2012

  • [blog] Cause toujours ?

    Ce billet me trottait dans la tête depuis quelques jours, mais je ne savais comment le tourner, vu que je ne pouvais le publier ailleurs.

    Je l’ai dit, la violence des réactions contre le projet de mariage pour tous m’a rendu un rien militant, ce qui m’a amené à suivre d’assez près tout ce qui se publie - ou presque - sur le sujet.

    Un billet de Koztoujours, blogueur catho (re)connu et assumé ;) le 18 novembre, très largement repris et diffusé depuis, dénonçait l’ineptie du projet de loi dans la mesure où le Code Civil répondrait déjà à toutes les questions, notamment en termes de droits du conjoint survivant et d’autorité parentale.

    Mais il commet trois erreurs grossières.

    • Tout d’abord, il ignore (puisque je ne présume pas de sa volonté de volontairement l’ignorer) la dimension symbolique justement du mariage pour les homosexuels.
      Sans ré-écrire ce qui a été déjà (très bien ;) ) publié ailleurs, il oublie que la force de la reconnaissance par la société de l’engagement solennel des mariages de couples de même sexe ne peut passer que par le mariage, soit la même reconnaissance qui est donnée aux couples hétérosexuels.
      C’est également un message puissant envoyé à toute la société par l’Etat : quel que soit votre orientation sexuelle, votre identité, votre engagement, votre reconnaissance en tant que couple, que famille, est la même, et nous, l’Etat, la reconnaissons de la même valeur.
    • Ensuite, le mariage des couples homosexuels amènerait à "présenter une situation fausse à des enfants est une chose, mais le législateur n’a pas à transformer cela en un mensonge d’Etat".
      Or donc, par défaut, des parents homosexuels seraient des menteurs, et cacheraient à leurs enfants la réalité biologique.
      Un peu comme des enfants à qui on expliquerait pendant des siècles que les garçons naissent dans les choux, et les filles dans les roses ; ou que c’est une cigogne qui apporte les nouveaux-nés ?
      Pourtant, à ce jour, rien ne permet de penser que des parents homosexuels seraient de tels conspirateurs, bien au contraire, et je trouve (IMHO) que c’est une bien belle insulte dans ma tronche.
    • Enfin, il oublie un peu vite que si le Code Civil gère par défaut les questions de droit du conjoint survivant et d’autorité parentale, la solution qu’il préconise (définir une tutelle testamentaire, demander devant un juge une délégation d’autorité parentale, faire un testament) n’existe elle que a posteriori et est à tout moment révocable par une simple action en justice.

    Bref. Tout ça pour dire qu’il ne faudrait pas toucher au Code Civil, ce si cher “petit livre rouge

    photo : Christophe Becker

    Autant dire que certains (beaucoup ?) des manifestants seraient aujourd’hui dans la merde :

    • la famille aurait toujours pour seul chef le père
    • lors de son mariage, la femme serait encore considérée comme mineure
    • les femmes mariées auraient une capacité juridique réduite
    • les enfants nés hors mariage n’auraient toujours aucune existence légale
    • le concubinage ne serait pas reconnu, ni le Pacs

    P.-S.

    Et quand dans un billet suivant il se plaint de la violence (symbolique) des méchants pro-mariage (car oui, tous les pro-mariages sont violents apparemment !), je n’ai qu’une chose à rajouter à mon commentaire :



  • Vos commentaires

    • Le 27/11/12, ydikoi En réponse à : Cause toujours ?

      A part ça, ils ne sont pas homophobes :

      Et encore, on parle homos, mais ce sont les pédophiles qui sont cachés derrière

      je viens ,d’apprendre qu’il a un couple de même sexe allait ou a adopté un petit garçon , et qu’ils (elles ), vont le faire opérer pour qu’il soit une fille , voilà les dérives qui commencent

    20 novembre 2012

  • [blog] Tous différents, tous pareils

    D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu fonder une famille, me marier, avoir des enfants, les élever.

    Il y a presque vingt ans de cela, PapaDikoi m’emmena dans une longue virée dans Paris, à pied. Officiellement, il voulait faire des courses. Mais nous avons discuté, pour la première fois de ma vie. Je lui ai dit mes espoirs, mon envie d’avoir des enfants, longuement.

    Oh bien sûr, cela faisait quelques années que je fréquentais régulièrement les 3615 guy et autres JH. Mais je n’étais pas homosexuel. Etre homosexuel, d’ailleurs, dans ma famille, ça n’existait pas. On parlait de pédérastes, parfois de pédophiles, mais jamais d’homosexuels. Et puis, l’homosexualité était une perversion grave, un péché mortel qui menait droit en enfer, et, oui, j’étais encore un peu croyant, à cette époque. J’avais fini par "essayer les filles", malgré tout, et ça fonctionnait. Un peu beurk, c’est sûr, mais ça fonctionnait. Et puis, comme je l’avais si souvent entendu “si on ne se marie pas par amour, on apprend à devenir amoureux”.

    Mais un jour je me suis regardé dans la glace, et la vérité, implacable, m’est apparue : j’aimais les hommes. Oh bien sûr, je pourrais me marier, mais je mentirais toute ma vie à ma femme, je me mentirais à moi même.

    Oui, j’étais homosexuel. Et je n’aurais donc jamais d’enfants. C’était aussi simple que cela. C’était un autre siècle.

    J’ai mis du temps à évoluer, beaucoup de temps. A accepter de marcher dans la rue avec d’autres garçons, avec des homosexuels. A accepter le regard des passants, ou ce que je croyais être leur regard. A comprendre que l’important n’était pas tant ma sexualité, mais qui j’étais. A comprendre que l’enfer qui m’était promis ne tenait pas face à la promesse que je m’étais faite de mener ma vie le mieux que je pouvais. A assumer ce que je suis, qui je suis, cette différence qui m’enrichit. A ne plus avoir honte. A être fier de qui je suis, avec mes bons côtés, et mes mauvais.

    Ce week-end, je les ai vu, je les ai reconnu, tous ceux qui ont défilé dans les rues. J’ai entendu leurs arguments, qui annoncent la fin de notre monde, les pires malheurs, la décadence, si la société, et donc l’Etat, reconnait que nous sommes capables d’Amour, capables d’engagement, capables d’être une famille. Je les ai vu ces slogans qui me tolèrent, qui acceptent que je sois dans la société à ma place, derrière. Je les ai vu, aussi, ces rictus de haine, ces bonnes et belles familles qui prônent l’amour biblique de l’autre pour mieux rejeter ceux qui ne leur ressemblent pas. Je les ai écouté, tous ceux qui se défendent d’être homophobe mais qui ne comprennent pas qu’ils sont insultant, odieux.
    Tous ces nostalgiques d’une société normalisante, bien pensante, d’un siècle (dé)passé, pétris de peur, d’immobilisme et de fantasmes, m’ont mis en colère, et rendu militant.

    Alors oui, je le souhaite, ce #mariagepourtous, si ce n’est pour moi, pour tous ceux qui feront leur demande en mariage un genoux à terre, pour tous ces enfants qu’on traite d’anormaux parce que leurs parents s’aiment, pour que demain ils ne passent pas par toutes ces difficultés que j’ai croisé sur mon chemin, et pour qu’ils finissent, tous, par comprendre que même différents, nous sommes pareils.

    P.-S.

    petite contribution (provoquée) à la lutte nuptiale initiée par Orpheus ;)

  • Vos commentaires

    18 novembre 2012

  • [blog] Lutter contre les peurs et les fantasmes

    Aujourd’hui, nous, homos et hétérosexuels, défenseurs de l’égalité de tous devant le mariage civil et laïc, prenons la parole ensemble pour rétablir les faits.
    Nous voulons montrer que la proposition de loi ne provoquera pas la fin de la civilisation, l’extinction des familles, l’apparition d’une génération d’homosexuels ni tout autre cataclysme apocalyptique.
    Face au déversement de caricatures, de positions de rejets, nous souhaitons offrir un espace de présentation des faits, qui permette de tenir des arguments de raison sur le projet de loi du mariage pour tous.
    Pendant tout le temps du débat, nous répondrons à toutes les peurs, et tous les fantasmes, sans verser dans la caricature ou le dénigrement.
    lemariagepourtous.info

  • 5 novembre 2012

  • [blog] avec, ou contre nous

    Aujourd’hui, j’ai besoin de sentir que nos familles, celles qui veulent qu’on passe Noël ensemble, qui nous invitent aux réunions de famille, fassent sentir qu’elles veulent notre bonheur. J’ai besoin de sentir que nos potes hétéros, avec qui on va boire des pots, avec qui on joue et on rigole, montrent qu’ils nous aiment et qu’ils veulent la fin des discriminations que nous subissons, que vous n’êtes pas confortables avec les injures et les coups que nous recevons. Nous avons besoin d’entendre vos voix.

    Je n’ai pas besoin que vous me disiez que « ce n’est pas homophobe que de débattre de l’ouverture du mariage » ou que « c’est une minorité de cathos qui pensent ça », ou que « tu sais, à droite aussi, ya des homos ». J’ai besoin que vous disiez : « Je ne supporte pas la manière dont te traitent ces gens et je ne veux rien avoir à faire avec eux ; c’est indéfendable. » J’ai besoin de sentir que vous couvrez mes arrières.

     » Le Roncier : avec ou contre nous

    Et puis, j’en ai marre d’entendre que nous serions la cause de cette violence, de ce discours homophobe.
    Non, aucune association, aucune institution n’a (pour l’instant) insulté ni les religieux, ni l’Eglise, comme Mgr Barbarin (par exemple) en associant le mariage pour tous et la pédophilie et la polygamie ;
    Non, les partisans du mariage pour tous n’ont pas insulté (pour l’instant) les responsables politiques qui nous accusent de causer la fin de notre civilisation.

    Nous subissons, pour l’instant. En silence. Et la colère gronde, et monte.

  • Vos commentaires

    • Le 05/11/12, michel En réponse à : avec, ou contre nous

      bah..

      au dela des attaques prévisibles des religieux (et ceci toute religion monothéiste confondue), ce projet soulève des oppositions inattendues

      il faut savoir , par exemple, que les administrateurs CGT de la CNAF, consultés sur le projet de loi, ont vote CONTRE... (sans doute par peur que les mariages homo, tellement nombreux a venir, et les nombreux enfants qu’ils vont faire /adopter ne déséquilibrent complètement le régime famille ?

    • Le 06/11/12, orpheus En réponse à : avec, ou contre nous

      "Nous subissons, pour l’instant. En silence. Et la colère gronde, et monte." : Oui. SUBIR. Le mot est particulièrement bien choisi. Et oui aussi, il semblerait que la goutte d’eau commence à faire déborder le vase.

    • Le 06/11/12, Marco En réponse à : avec, ou contre nous

      Je ne supporte pas la manière dont te traitent ces gens et je n’ai rien à voir avec eux ; c’est indéfendable.

      C’est ignoble.

      Tu le sais, je l’ai déjà écrit.

    • Le 07/11/12, ydikoi En réponse à : avec, ou contre nous

      marco ;-)

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