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    Et, non, l’iPad ne sauvera pas la presse

    dimanche 31 janvier 2010, par Ydikoi

    Maintenant que le flot de conneries au sujet de l’iPad , répétant les mêmes critiques superficielles qu’à la sortie de l’iPhone, s’est tari, il est peut être temps d’essayer d’être un peu moins con.

    Cette information est passée inaperçue, puisque donnée dans les dix premières minutes de la keynote. Pourtant, il faut bien dire que le nouveau positionnement stratégique d’Apple a de quoi surprendre : historiquement fabricant d’ordinateurs, "Apple Computer Inc." avait déjà laissé tomber le "computer" à l’occasion de la présentation de l’iPhone. Mais c’est encore un pas en avant qui vient d’être fait, en répétant plusieurs fois qu’Apple était "a mobile device company".

    Jobs ne parle plus d’ordinateurs, pas non plus de logiciel, juste d’objets portables. Les concurrents ne sont plus les historiques IBM ou Microsoft, mais Sony (et ses camescopes donnés en exemple), Nokia, ou encore Samsung.

    Sans savoir précisemment aujourd’hui ce que cela nous réserve pour le futur, il est bien évident que la sortie de l’iPad s’inscrit dans ce nouveau motto. Et donc, autant le dire clairement, l’iPad n’est pas un ordinateur.

    Il n’est donc pas là pour remplacer, de près ou de loin, le plus faible des ordinateurs Apple. Pas question pour lui de trainer dans la sacoche de l’homme d’affaire qui se trimballe toute la journée avec son macbook, tapant ses compte-rendus de réunion, préparant ses présentations ou agrégeant des chiffres les uns sur les autres.

    Il n’est pas non plus destiné au geek moyen, qui veut surfer sur internet tout en chattant avec ses potes, en vérifiant ses mails toutes les cinq secondes, parallèlement à une conversation skype et le téléchargement d’un fichier torrent quelconque.

    Au vu des caractéristiques de la machine, on devrait pouvoir imaginer un certain nombre d’usages :
    - j’ai un ordinateur chez moi, de bureau. J’aimerais parfois, vautré dans mon canapé, surfer sur le net, éventuellement en écoutant de la musique. Je pourrais avoir un ordinateur portable, mais c’est cher, c’est lourd, et ce n’est pas le genre d’objet qu’on laisse traîner dans le salon.
    - j’ai une réunion une ou deux fois par mois. Dans le train j’aimerais regarder un film pour passer le temps, ou lire un bouquin et écouter de la musique en même temps ; et une fois en réunion, garder sous le coude les documents que j’aurais pu y apporter. Là aussi, un ordinateur portable serait une solution, mais là aussi, cher, encombrant et lourd. Un mauvais rapport qualité prix.
    - je suis artiste, photographe, graphiste, sculpteur. Entre les visites de galeries, clients, et autres, j’ai besoin d’un outil pour présenter facilement mon travail.
    - j’ai une boutique, genre une grosse librairie. J’ai bien un ordinateur que mes employés peuvent consulter pour renseigner les clients, mais il est à poste fixe : les employés font la queue pour l’utiliser, et ils perdent beaucoup de temps à se déplacer vers l’ordinateur.
    - je je suis un organisateur d’évènementiels. Lors d’un évènement je dois courir de droite à gauche, répondre au téléphone et à toutes les questions et urgences qui se présentent toutes les minutes. J’ai besoin d’un outil informatique léger, peu encombrant, puissant, toujours disponible.
    - je n’ai pas d’ordinateur chez moi, je n’en ai pas l’utilité. Bien sûr, je ferais bien quelques courses sur internet, mais un ordinateur est cher, compliqué et complexe.

    Ce sont tous des cas vécus. Autant dire que, même si toutes ces personnes ne passent pas à l’achat, le marché potentiel de l’ipad n’est pas si négligeable que certains voudraient le croire.

    Pour autant, l’ipad n’est qu’un outil, certes nouveau et innovant, mais rien de plus. Aucunes des possibilités qu’il offre aux éditeurs de contenu ne sont nouvelles : le texte, les videos, le son, via safari ou une application dédiée. Il ne rend pas le contenu plus intelligent, il propose juste une nouvelle manière de le consulter.

    Il est apparu un jour, dans les rumeurs, que la future tablette d’Apple serait le paradigme du métier de journaliste, qui la sauverait en offrant - enfin - une alternative crédible - et rentable - au papier. Ce serait pourtant oublier que le métier de journaliste n’est pas de fabriquer du papier, et deviendrait demain on ne sait quoi. Le métier de journaliste est, et à toujours été, et sera toujours, d’enquêter, vérifier, informer.

    Ce n’est pas à Apple de sauver la presse avec un nouvel appareil. C’est à la presse de se prendre en main, aux journalistes de retrouver les valeurs originelles de leur métier. Le jour où ils seront meilleurs que des blogueurs, on arrêtera de lire les blogueurs, et on relira les informations.

    Sur un journal papier, ou sur un iPad. Ca n’a aucune importance.

    P.-S.

    Edit En quelques heures, ce sont deux autres blogueurs qui s’attaquent au même sujet, avec une qualité supérieure que je leur reconnais bien volontiers :
    - Embruns : iFlop
    - Novovision : L’avenir radieux de l’internet ne se passe pas comme prévu

    C’est fait. Après 3, ou 4, peut être même en fait 5 ans d’essais et expérimentations, le gouvernements lance une nouvelle générations de radars automatiques, cette fois pour les feux rouges. Toute la presse s’en fait largement écho, relayant complaisamment non seulement les chiffres mais aussi l’argumentaire gouvernemental sur le sujet  [1] . Comble de l’ironie, ils ne prennent même pas la peine de réfléchir un tant soit peu à ce qui leur est proposé, pour preuve cet article du jdd (ouaip, pas d’chance, aujourd’hui ça tombe sur eux).

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    Reprenons depuis le début.

    Au commencement (entre 1868 et 1914 selon les pays) apparaît une nouvelle forme de signalisation, destinée à accorder ou non le droit de franchissement d’un carrefour : vert, c’est autorisé ; rouge, c’est interdit. Et c’est en 1934 (pour la France) qu’apparaît un feu intermédiaire, le jaune (en fait orange) pour indiquer l’apparition prochaine du feu rouge et de l’obligation de marquer l’arrêt.

    Il y a quelques années, constatant que les automobilistes (pour faire court  [2] ) prennent de plus en plus de liberté avec les feux rouges, est introduite l’obligation de marquer l’arrêt dès le feu orange, à moins que l’arrêt ne puisse se faire dans de bonnes conditions de sécurité (mais il est dans la pratique quasiment impossible de démontrer l’impératif d’urgence en cas de verbalisations).

    Pour autant, la modification du code de la route n’aura pas eu l’effet escompté, une fois de plus.

    Empilage législatif ; absence de communication institutionnelle sur la circulation en ville, de moyens humains, de contrôle sur l’efficacité de la loi a posteriori ; contexte politico-sociétal favorisant le développement du "chacun pour soi", les arguments sont largement connus, qui ne concernent d’ailleurs pas uniquement la sécurité routière.

    L’apparition des radars automatiques au début des années 2000 laissait apparaître le saint-graal : la possibilité de surveiller, contrôler, verbaliser sans même une présence humaine, sans risque médiatique concernant des objectifs chiffrés donnés aux forces de l’ordre et des dénégations difficiles.

    Seulement voilà. Ca ne marche pas, pas encore, au bout de plusieurs années.

    La semaine dernière, rentrant de nuit chez moi, je passais par le quai François Mitterand. Peu de circulation, un autre motard à côté de moi, qui arrive au feu du Pont du Carrousel quelques secondes avant moi. C’est là qu’est installé l’un des tout premiers radars à feux rouges lancé en expérimentation.

    Une bonne seconde et demi après que je me sois arrêté à côté de lui, 3 crépitements de flash rapides, le dernier un peu plus espacé, nous font nous retourner. Nous sommes seuls au carrefour, tous les deux arrêtés, pieds à terre, et en deça de la ligne de feux, et pourtant, nous venons de nous faire flasher. Pourquoi, comment ? Mystère.

    Evidemment, je n’ai pas reçu de PV, puisque l’appareil est encore en test.

    Quand bien même, la question de leur efficacité est posée, notamment dans le cas d’un franchissement de feu rouge nécessité par l’obligation de laisser le passage d’un véhicule prioritaire. Que disent à ce sujet les responsables de la sécurité routière ? Rien. Quelles questions les journalistes ont-ils posé à Michèle Alliot Marie à ce sujet ? Aucune.
    Comment l’appareil, dont le but est justement de ne pas tenir compte des cas particuliers, tiendra-t-il compte de la dérogation accordée au franchissement de feu orange pour des questions de sécurité ? Aucune question, aucune réponse.
    Comment l’automobiliste ou le motard pourront-ils dans ce cas se défendre, quels documents devra-t-il apporter ? Ni question, ni information.
    Et la procédure de contestation, complexe, lente et arbitraire, des radars automatiques sera-t-elle transposée, notamment dans ce cas ? Aucune réponse à donner, les journalistes sur ce sujet également n’ont pas fait d’enquête ou simplement posé de question.

    Seule trouvaille des pontes de la sécurité routière : une nouvelle modification du code de la route :

    Histoire de continuer à changer les mentalités, les feux tricolores vont voir leur fonctionnement modifié. L’orange clignotera alors que le feu est encore au vert, pour mieux avertir les conducteurs de l’apparition du rouge. (source)

    Remarquons d’abord l’aberration : le feu restera vert (donc signal de passage autorisé), mais l’orange sera allumé (donc interdiction de passer). Amis schyzophrènes, bonjour.

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    Ensuite, c’est le Parisien qui reprend sans sourciller l’affirmation mensongère fausse de la patronne de la sécurité routière, Michèle Merli, selon laquelle cela s’applique déjà dans les pays anglo-saxons (puisque c’est devenu maintenant un argument non contestable : ce qui se fait ailleurs, particulièrement dans les pays anglo-saxons, est bon pour la France).

    Tous ceux qui auront voyagé en Angleterre ou aux USA (ou même à Hong Kong) auront rectifié d’eux-même : la bas, le feu orange s’allume, non pour annoncer le passage du vert au rouge, mais au contraire pour annoncer le passage du rouge au vert. Il semblerait que la seule - et isolée - Italie ait appliqué ce système.

    Enfin, même si c’est bien dans l’air du temps, je reste particulièrement étonné par cette logique contemporaine que, puisque ça ne marche pas, on essaye encore :
    - on met un feu rouge pour interdire le passage
    - ça ne marche pas assez bien, alors on met un feu orange pour prévenir de l’apparition du rouge
    - ça ne marche toujours pas bien, alors on met une machine pour verbaliser, et on change l’orange fixe en clignotant

    Je gage que cela ne fonctionnera toujours pas. Oh, bien sûr, à force de régenter notre société par la peur, les conducteurs feront plus attention. Mais on évitera pas les inattentions, les camions ou bus qui bloquent la vue du feu, ou le piéton qui s’engage sans regarder au prétexte qu’il en a le droit. Alors, on rajoutera un feu vert clignotant, qui préviendra de l’orange clignotant, qui préviendra de l’orange, qui préviendra du rouge.

    On gagnera quelques vies, on s’en félicitera chaudement, les machines sont tellement supérieures à l’homme. A ce titre, on nous promet déjà la voiture qui conduira toute seule.

    Il faut dire qu’il est beaucoup plus facile d’imposer qu’apprendre, contrôler que responsabiliser, asséner que communiquer.

    La politique n’est plus l’art du possible, c’est devenu l’art de la facilité. Au grand bénéfice des machines et de leurs constructeurs, au grand dam de l’intelligence collective.

    Notes

    [1] Comme quoi certains actes ne sont pas isolés.

    Malheureusement, il n’y a pas de communauté d’utilisateurs de la route, comme de chercheurs, qui pourrait massivement précipiter la chute des organes de propagande au profit d’un modèle nouveau …

    [2] même s’il est probable que les motos soient moins concernées, vu la conscience de fragilité de leur pilote

    Enquête exclusive (d’audience)

    lundi 23 février 2009, par Ydikoi

    Quoi, celui qui fût - un temps - sacré "genre idéal" récidive ? Et ose refaire, cinq ans après, le coup de "zone interdite", un reportage cinglant et dénaturé sur les deux-roues ? Rholàlà, comme c’est surprenant.

    A l’époque, "des motards" avaient lancé un appel à manif sur le net, vite repris par la FFMC (huhu :->), et on avait planté nos béquilles pendant plus d’une heure devant le siège de la petite chaîne qui montait, jusqu’à obtenir un droit de réponse (le rappel de toute l’histoire est ici) : quarante minutes d’enregistrement, à peine dix diffusées à l’antenne, et près d’une heure de discussion ensuite (hors antenne) avec Bernard de la Villardière, son producteur, et son journaliste. Pour eux les règles étaient claires : il faut faire de l’audience, les "choses qui marchent" ne les intéressent pas. Fin de la discussion.

    Quelques mois après, j’ai retrouvé La Villardière aux Etats Généraux de la Sécurité Routière organisés par Sarkozy, encore ministre de l’intérieur mais déjà en campagne. Il y faisait un ménage en étant l’animateur principal. Son discours n’avait pas bougé d’un poil, débitant la communication officielle sans sourciller ni douter. Il n’avait pas apprécié que je le lui fasse remarquer, me tournant le dos alors que je lui parlais encore.

    Cinq ans plus tard, ce n’est plus zone-interdite mais enquête exclusive. La principale différence est que Enquête Exclusive met en scène La Villardière, quasi omniprésent, de l’émission. Et celle d’hier soir reprenait exactement le même fil conducteur que l’ancienne :
    - une bande annonce choc, des mots forts et des images violentes d’accidents spectaculaires ;
    - un début de reportage sur les 50cm3, forcément débridés. Choc et spectaculaire.
    - la suite du reportage avec un coursier. Choc et spectaculaire, encore.
    - la fin du reportage à Garches, avec les vues - choc et spectaculaire - des accidentés de la route.

    Comme la première fois, les concepts sont mélangés, les chiffres assénés, des généralités tirées de détails, aucune réflexion de fond engagée. C’est à l’évidence un travail de montage professionnel, mais est-ce un vrai travail de journaliste ? Est-ce une surprise pour une émission de La Villardière ?

    A l’évidence, il n’a rien voulu retenir de sa précédente émission sur le sujet, ni de notre discussion. Alors soit la Villardière est con, soit il est intellectuellement malhonnête.
    Il est à l’évidence loin d’être con ;
    Pour autant je ne peux pas dire que ce soit un escroc, ça serait de la diffamation.

    Mais si j’utilisais les mêmes méthodes que lui, j’en déduirais que tous les journalistes sont pourris et vendus à Sarkozy, ce que je ne ferai pas, ils m’en voudraient bien trop :-D

    Je ne lis pas Mediapart, le nouveau journal monté par Edwy Plenel. Je n’aime pas le personnage, excessif, sûr de lui, voire arrogant. Et je ne suis pas convaincu par Mediapart, qui ne renouvelle pas, à mon sens, le journalisme comme il le prétend.

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    Pour autant, je vais réviser - temporairement - mon jugement sur le bonhomme au vu de l’éditorial cité par embruns. Dans cette affaire Siné vs Val, Plenel fait preuve, pour une fois, de modération, prise de recul, analyse objective et argumentée.

    Ma position était jusque là incertaine, d’abord pour Siné, puis contre lui, au vu des dérapages qu’il a commis, abondamment cités dans la presse. Elle est maintenant plus affirmée.

    il n’est pas niable non plus que la fixation exacerbée sur le seul antisémitisme, au risque de l’aveuglement sur d’autres racismes, sert des dispositifs qui, loin d’apaiser les passions, les attisent au service d’une cause qui recouvre les théories les moins raisonnables des néo-conservateurs américains et des faucons israéliens. Dès lors, la peur devient la seule conseillère d’une fuite en avant dans le conflit, la guerre, l’abîme.
    Mediapart : « Charlie Hebdo » : la vérité des faits contre la folie des opinions

    Voilà également pourquoi j’aime bien cet editorial, par sa conclusion. Sauf qu’il n’aurait dû s’arrêter, dans ce paragraphe, à l’antisémitisme, même central dans cet article : on pourrait remplacer le mot par négrophobie, homophobie et toutes les autres.

    Quel que soit le racisme, le mécanisme est le même. Et leur pratique amène au même endroit.