(suite de la première partie)
Fin novembre, je suis contacté par une personne (très) proche du pouvoir actuel qui me propose, après quelques échanges, un rendez-vous pour évoquer la situation du projet de loi, dont l’examen n’a pas encore commencé à l’assemblée.
Lors de cet entretien, début décembre, je viens avec un document qui démonte le caractère a-confessionnel des opposants [1]. En utilisant simplement Google, j’ai réussi à remonter 17 associations ou collectifs sur les 26 qui composent alors le collectif [2]
Et puisque c’est un milieu que je connais, j’affirme que ce n’est pas le mariage en tant que tel qui posera problème, mais les questions de filiation (adoption ou PMA), et encore plus, les questions de bioéthique (la GPA) qui seront soulevées. Si la question de la GPA peut être facilement évacuée, PMA et adoption réclameront une attention et un effort d’explication tout particuliers.
J’exprime également mon inquiétude de voir le Parti Socialiste, qui se lance tout juste dans la bataille, faire de ce sujet un marqueur politique, qui amènera inéluctablement un clivage profond sur ce qui devrait être un sujet rassembleur et non partisan.
Enfin, je propose un plan d’action pour organiser la communication sur le projet de loi, visant à donner une visibilité aux partisans, dédramatiser et expliquer les enjeux. Rien que de très classique.
Ce document a été lu au plus haut sommet de l’Etat, puis remis à Harlem Désir début décembre (et aux cabinets de D.Bertinotti, NVB et C. Taubira - mais dans ce cas, je n’ai pas eu confirmation que cela ait été effectivement fait).
Le PS a choisi délibérément une stratégie en totale opposition à celle que je proposais, c’est bien sûr son droit.
Il ne s’est pas employé à fédérer autour du projet de loi, et a joué l’exact opposé, préférant le clivage politique à la pédagogie, l’explication, et le rassemblement.
Il a choisi d’ignorer les inquiétudes, notamment inconscientes, portées par les questions de filiation, et s’est laissé enfermer dans la la thématique de la GPA.
Cette tactique a fonctionné sur l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, mais le résultat est pitoyable, puisque la violence a explosé, et le projet de loi sur la famille (et la PMA) est enterré, et les autres réformes sociétales également.
L’inter-LGBT aura brillé par son absence pendant ces 7 mois.
Certes Nicolas Gougain ne s’est pas ménagé pour aller de plateau en débat remplir son rôle de porte-parole. Mais lui qui, dès le mois de novembre, expliquait tranquillement partout que “de toute façon la loi sera votée” a été aux abonnés absents dès lors qu’il s’est agit de discuter avec lui stratégie de communication, pour que l’inter coordonne les collectifs (qui tardaient à apparaître) et autres associations. Résultat, là où les antis avaient une bonne demi-douzaine de porte-paroles qui sillonnaient la France et les plateaux, les partisans du projet n’avaient que N.Gougain, C.Fourest (et, bien plus tard, E. Binet le rapporteur du projet de loi).
Il est d’ailleurs symptomatique que les deux dernières manifestations, à l’Hôtel de Ville et place de la Bastille, aient été organisée par Act-up, et que l’inter ait fini - tardivement - par rejoindre la liste des organisateurs.
Je connais de l’intérieur les difficultés d’animation d’une fédération, mais l’inter-lgbt devra s’interroger sérieusement sur ses capacités à organiser, structurer et coordonner un combat médiatique, au delà de sa capacité à discuter avec les politiques.
Que va-t-il rester de ces 7 mois ?
Le plus important : la loi va être d’ici quelques jours promulguée, sauf (très grosse) surprise, et servira de marqueur dans l’évolution des droits des minorités, de notre minorité, et leur reconnaissance à part entière.
La violence, la haine qui n’a cessé de progresser depuis janvier, y compris au parlement (où, pour avoir suivi tous les débats, je peux témoigner d’une vraie libération de parole homophobe en hausse constante) finira par retomber, progressivement. Heureusement.
A titre personnel, j’ai aujourd’hui du mal à évaluer l’impact global de ces sept mois de travail.
Je sais avoir rempli un espace, tant sur l’aspect documentaire qu’argumentaire, que personne n’avait pris, et probablement assez bien puisque personne d’autre n’a cherché à le faire également.
J’ai un souvenir pénible, encore fort aujourd’hui, de ces journées à essayer de monter une coordination inter-collectifs, où tout finalement échoue pour une virgule mal placée, ou presque. Ou de ce media soit disant digne de confiance dont le comportement s’est révélé largement plus individualiste ou malhonnêtre que communautaire et militant.
Heureusement, en contrepartie, j’ai bien sûr quelques fiertés, comme ce rendez-vous politique, même s’il ne fut pas suivi d’effet ; d’avoir été le premier à exposer le côté très confessionnel des antis ; ou avoir été ce "french activist" (publié -quand même- par le HRC) à l’origine des « révélations » de médiapart (j’aurais dû demander un © pour le "internationale catholique") ; et sinon la fierté d’avoir apporté une pierre à l’édifice d’un mouvement collectif, et voir, parfois, souvent, cette pierre ricocher, devenir plus grosse, et rebondir de plus belle dans les mains d’autres, plus experts à ce jeu là. Bref, si j’en crois mry, j’ai été un influenceur
Il restera, malgré tout (parce qu’il faut bien lui reconnaître ça), un grand coup de chapeau à F.Barjot pour avoir su rassembler autour d’elle toutes ces mouvances certes d’un même socle mais aux sensibilités très différentes, et arriver à ce que chacun mette son ego dans sa poche le temps d’un combat commun, au bénéfice d’une parole commune.
Si nous tous, partisans du #mariagepourtous : politiques, associations, collectifs, médias et individus, avions eu ce courage d’un jeu réellement et profondément collectif, nous ne leur aurions sans doute pas ouvert un tel boulevard et aurions très probablement évité que le débat se passe dans de telles conditions.
Oui, les opposants à l’ouverture du mariage civil aux couples homosexuels sont directement responsables du climat délétère et violent d’aujourd’hui.
La première responsabilité -en termes calendaires en tout cas- en incombe à l’église catholique qui n’a pas su éviter les expressions de certains de ses plus hauts dignitaires : le cardinal Barbarin qui a mis le feu aux poudres (voir la première partie), mais aussi celle là, celle-ci encore, pour ne citer que ça).
Elle découle également directement des organisateurs du collectif des opposants qui, à coup d’amalgames douteux (exemple ici, ici , ici ou enfin ici), ont libéré une parole odieuse, qu’ils n’ont pas voulu ou su contrôler, leur a échappé pour finalement exploser en une homophobie cette fois bien réelle et "palpable".
L’incapacité des acteurs pro-mariage à mettre en place un mouvement de masse unifié, dont la force et la visibilité auraient surpassé, de loin, celle des opposants au projet de loi, n’a pas aidé à contenir la parole odieuse de ces derniers mois.
Mais surtout, j’en veux au parti socialiste, à sa direction et au gouvernement.
Pour une simple tactique politique, visant à redorer un blason quelque peu terni, ils ont choisi, en toute connaissance de cause, l’affrontement direct en lieu et place de l’apaisement, et l’explication dont ils seraient sortis grandis à moyen ou long terme.
Mais leur choix, et l’échec qui en découle à contenir le déferlement homophobe de ces dernières semaines, à prévenir la radicalisation du mouvement des opposants, et l’abandon de réformes sociétales d’importance, sur lesquelles ils avaient fait des promesses définitives, leur coûteront bien plus cher qu’ils n’osent l’imaginer aujourd’hui. Ils ont fait une erreur stratégique majeure, pour eux même, et pour la France.
Il y a quelques jours, mon contact « proche du pouvoir » m’envoyait un mail douloureux et inquiet, me disant notamment
“C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt”, disait Marguerite Yourcenar.
Vos commentaires
# Le 06/05/13, Guillaume En réponse à : 7 mois après : un bilan (mitigé) du « mariagepourtous » (1e partie)
« partie prenante » et non « parties prenantes »...
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# Le 04/05/13, ydikoi En réponse à : 7 mois après : un bilan (mitigé) du « mariagepourtous » (1e partie)
euh, oui, on peut dire ça comme ça, que j’étais partie prenante ;)
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# Le 03/05/13, Matoo En réponse à : 7 mois après : un bilan (mitigé) du « mariagepourtous » (1e partie)
Je ne savais pas que tu étais partie prenante de ce site, c’est cool !!! Et le travail réalisé est de première importance et qualité. MERCI !! :)
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