Je me suis rendu, juste avant le travail, dans ce centre commercial à côté de Meudon. Après midi visiblement délicieuse, qui passait trop rapidement. Au moment d’y aller, j’ai eu du mal à partir et finalement m’orienter vers la sortie.
Après un dédale d’escaliers et de passerelles, me rendant compte que j’avais oublié mon casque, j’ai fait demi-tour, me dirigeant - plus rapidement - vers la salle où je l’avais laissé. Il y avait beaucoup de motards, j’ai eu du mal à le retrouver.
Prenant le chemin du retour, je me suis fais bousculer, dans le hall central soudainement surpeuplé, par un petit rebeu tout juste sorti de l’adolescence. Il était avec un copain et, un grand sourire lui déchirant le visage, me dit quelques mots gentils en forme d’excuse.
Dehors, dans l’allée qui menait à la sortie, j’ai eu le réflexe de tâter la poche arrière droite de mon jean : vide, évidemment. J’ai un instant pensé avoir égaré mon portefeuille, avant d’avoir la certitude que le jeune rebeu me l’avait volé. Avec mes deux cartes bleues « gold », il allait en avoir pour son argent … J’ai donc fait brusquement demi-tour, courant en arrière comme un fou, espérant naïvement … quoi, je ne sais même plus.
Je l’ai retrouvé sur une plate-bande, contre les fleurs. Il avait été négligemment jeté, et les cartes n’y étaient plus, bien sûr. J’étais dans une rage intérieure noire, la nuit tombait, des nuages lourds de pluie s’amoncelaient sur les collines de Meudon, j’ai probablement divagué un bon moment. C’est sans doute à ce moment là que, perdu, je suis arrivé à une sorte de promontoire, d’où je voyais la route en contrebas. Où ce qu’il en restait, puisque deux voitures sont tombées dans un grand fossé, avant que ne passent deux motos qui, elles, s’en sont sorties.
Quand j’ai vraiment repris mes esprits, j’étais au guidon de ma moto, perdu de nouveau, en plein centre ville. Il fallait que je demande ma route, je suis rentré dans un bar tabac, j’ai béquillé ma moto devant le comptoir, un scooter m’avait suivi, ça m’a étonné. Une femme, moche, tenta de se rebeller et commença à vitupérer contre ces motards … d’un regard, je l’ai coupée, et, la toisant, lui ai répondu que elle, elle ne venait pas de se faire voler deux cartes de crédit.
J’ai rapidement été aidé par un garçon charmant, il était justement là avec sa copine. Il voulait m’aider à reprendre mes esprits et appeler le centre des cartes volées. Je le remerciais, il trouvait ça naturel, espérant que quelqu’un le ferait pour lui, dans la même situation.
J’ai cherché mon iphone, que je ne trouvais pas. Il était en fait sur une table, mais avait l’air différent, un peu bizarre. L’écran de veille n’était pas le même que d’habitude, the guardian s’affichait nettement, dans une typo plus gothique que le journal anglais. Pourtant, en essayant de le déverrouiller, je tombais invariablement sur une pub mal ficelée pour un produit quelconque, et je ne pouvais en sortir. Un virus ? Pourtant, j’en étais convaincu, on ne peut pas avoir de virus avec un iphone ! Et, en plus, comment aurais-je pu le contaminer ?
C’est le patron du bar, un peu réticent, qui finira par me sortir d’affaire, en me prêtant son téléphone, un téléphone antique sans cadran, où il faut demander le numéro à une opératrice. Sa femme fini par me passer le combiner au bout d’un temps, m’annonçant que je suis en contact avec France Telecom, ce qui ne me fait pas réagir tout de suite.
Je tombe sur une femme à l’accent martiniquais, qui me demande timidement mais fermement de rappeler plus tard, parce qu’elle est en plein milieu d’un dîner donné pour une occasion spéciale. Je m’énerve vite, essayant de lui faire comprendre mon urgence, les larmes montent en même temps que je sens mes jambes se dérober.
Je sens alors deux bras puissants m’entourer le torse, ils me retiennent, m’empêchent de m’écrouler, et m’appuyent sur le bar, où je pleure, honteux, tout mon saoul. C’est mon jeune homme de tout à l’heure, prévenant et attentif, qui se tenait derrière moi attendant le moment où je craquerais. Délicate attention, et douce euphorie de reconnaissance.
Je l’entends, dans un brouillard, discuter avec la patronne du bar, commenter mon état de choc, suggérer que je serai bien plus à l’aise sans mon pantalon de cuir, qu’il devrait m’enlever … il ne savait pas que j’étais nu dessous, cela m’a fait me ressaisir.
J’avais de nouveau ce que je croyais être mon iphone sous les yeux, toujours avec cette espèce de publicité à l’entête du Guardian. Le regardant plus attentivement, je voyais qu’il était en fait beaucoup plus large, et surtout plus souple, comme en plastique, avec une découpe dans le bas. Je l’ai ouvert, comme un sachet de charcuterie, pour en sortir une feuille multimédia qui avait l’apparence d’un écran souple.
C’est à ce moment là que j’ai senti ma veste - oui, on peut être en costume et pantalon de moto - vibrer, pour me rendre compte que c’était mon iphone, et qu’on m’appelait. C’était MamanDikoi, qui sans doute s’inquiétait de ne pas me voir revenir. J’ai eu du mal à décrocher, basculant d’abord en mode visio que je n’arrivais pas à couper, avant de pouvoir lui parler. Elle était avec TataDirien et le labrador (redevenu bébé ?) de mon frère. Celui-ci cherchait à me mordiller, je lui ai serré le museau fermement, ça l’a calmé. Passage en mode « téléphone » avec MamanDikoi, oui, j’allais bien, je m’étais juste fait voler mes cartes bleues. Oui, j’allais rentrer.
Je me suis réveillé au moment où je me disais qu’elle exagérait, elle n’a même pas eu une phrase gentille, s’inquiétant juste de l’heure de mon retour.
Vos commentaires
# Le 31/05/10, Al West En réponse à : Tout le monde ne dit pas « I love you »
Je ne crois pas avoir jamais dit “je vous aime” à mes parents
D’ou l’importance de les aimer et de le leur dire pendant qu’ils sont vivants... (c’est ce que j’ai fait avec Peupa, et même s’il est mort le lendemain (j’espère que ce n’est pas à cause de cela), j’en suis aujourd’hui encore heureux (et fier)).
Amicalement.
Al West
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