Pendant longtemps, la seule idée de traverser les océans en solitaire me ramenait inexorablement à Bernard Moitessier et sa longue route. Littéralement parti du Vietnam avec sa bite et son couteau (et quand même, quelques kilos de riz), il savait tout juste où il allait, sans rien connaître des conditions de son voyage, ni de sa date d’arrivée. Seule certitude : ce ne serait pas particulièrement confortable, il serait en totale solitude, et il ne pouvait compter que sur lui même.
Près d’un demi-siècle plus tard, même si c’est toujours son histoire qui revient comme un réflexe chez beaucoup, la réalité n’est plus tout à fait la même.
Du bateau en bois, aux superbes lignes mais lourd et contraignant à entretenir, on est maintenant passé à des bateaux en matériaux composites, aluminium ; ou même, comme “112”, en contreplaqué et matériaux composites, qui allie résistance, légèreté et facilité d’entretien.
Autant l’intérieur des bateaux de l’époque était étroit et sombre, autant les voiliers modernes, et particulièrement “112”, sont larges et lumineux, avec des zones de vie particulièrement bien séparées. Il y a maintenant de l’électricité, un frigo, souvent de l’eau chaude, certains rajoutent même micro-onde et machine à laver !
Le confort aux manœuvres s’est également bien amélioré : le grément aurique, avec ses beaucoup trop nombreuses voiles, a maintenant totalement disparu au profit de la voile latine, plus simple à manœuvrer. Associé au winch, véritable démultiplicateur de force, ce type de grément permet aujourd’hui à la grande majorité de voiliers d’être menés en équipage réduit, voire très réduits.
Grâce à internet via le téléphone satellite, on peut facilement récupérer les prévisions météos à échéance de plusieurs jours, donnant la force et direction des vents, la hauteur et direction de la houle, l’ensoleillement, …
Les outils d’aide à la navigation se sont développés et largement imposés : le radar utilisé en alarme d’approche à terre ; le détecteur de radar, qui signale les petits bateaux ; l’AIS, système dérivé de l’aéronautique, imposé aux seuls cargos aujourd’hui, qui envoie et réceptionne les informations de cap et vitesse des bateaux, détecte et préviens des risques de collision ; les pilotes automatiques, chargés de tenir le cap pendant que l’équipage vaque à d’autres occupations ; tout ceci n’a plus rien à voir, évidemment, avec les rares aides à la navigation dont pouvait même bénéficier un Tabarly.
Enfin, en cas de naufrage, là où Moitessier ou même les grands navigateurs des années 60 à 80 étaient abandonnés à eux même, tout navigateur dispose maintenant de balise satellite alertant le CROSS français, qui coordonne ensuite les opérations de sauvetage ; d’un téléphone satellite, au coût largement abordable, permettant de consulter à distance un médecin ou demander une aide précise ; radeaux de sauvetage équipés des dernières techniques de survie ; systèmes de sécurité en cas d’homme à la mer ; …
Si la prise de risque, comme toute activité, est encore bien réelle, elle est cependant aujourd’hui largement balisée et le risque lui même considérablement réduit. Le confort est aujourd’hui réel, les aides à la navigation rendent de telles traversées plus sereines, et en dernier recours, la certitude d’être secouru en pleine mer. Quant à la solitude en mer, la coupure du monde qui existait il y a encore peu de temps, qu’en dire aujourd’hui, à l’heure des balises de suivi de position, téléphone satellite, connexion internet ?
Quand je discute de mon périple futur, qu’on me demande avec qui, où, je crois souvent voir dans les yeux de mon interlocuteur un voile d’incompréhension, et défile dans son imagination toutes les images souvent effrayantes, nées de notre histoire maritime, de la méconnaissance de la mer, des exploits des grands navigateurs. Mais nous sommes au XXIe siècle, et si l’aventure reste, elle a perdu beaucoup de sa difficulté et de son insécurité. C’est une aventure, encore, mais elle n’a plus rien à voir avec celle qui traine, le plus souvent, dans notre imaginaire.






Vos commentaires
# Le 20/10/10, Rouquette En réponse à : Fin d’un parcours
Quand on dit : mort aux cons, on pourrait aussi bien les noyer, non ? Dans un aquarium ? Nan, ça dégueulasserait l’eau des poissons. :-))
répondre ︎⏎
# Le 20/10/10, François En réponse à : Fin d’un parcours
c’est bien d’oser, de passer la ligne jaune, de franchir le cap (pour les marins d’eau douce)
ça me laisse rêveur et admiratif, ou alors envieux, je ne sais pas trop.
En fait, on s’en fout, profite, la vie est trop courte pour ne pas réaliser ses rêves, fonce !
Sois toi même, enfin, tel que je te connais, ça t’emmènera au bout du monde... et retour ;-)
répondre ︎⏎
# Le 20/10/10, Ydikoi En réponse à : Fin d’un parcours
Oui, tu as raison, assez d’hypocrisie.
Après tout, à quoi ça peut donc bien servir de dire à un pote qu’on est content pour lui, lui souhaiter bonne route ou bon vent, se remercier mutuellement d’avoir fait un bout de chemin ensemble ?
Je reconnais qu’il est plus facile de donner des leçons de pureté, de sacrifice, d’engagement, etc., en se cachant derrière le pseudo « anonyme » : il évite de se regarder dans la glace, ses propres impuretés, égoïsmes et fuites.
Pour qui te prends-tu donc, à donner de telles leçons de morale ? Tu te crois donc irréprochable et vierge de toute critique ?
J’envisage à l’instant que ça ne soit que de la provoc’ à 2 balles …et non, je ne crois pas que ça soit mieux.
répondre ︎⏎
# Le 19/10/10, Anonyme En réponse à : Fin d’un parcours
Désolé, pas de concert de louanges ! Henri, tu es un égoïste ! Tu abandonnes le combat et les collectifs pour partir tout seul sans aucun but que de ne parler aux mouettes et aux dauphins ? La belle historie... Tu vas tous les dimanches dans un aquarium et tu gardes ta place dans le mouvement social d’émancipation des masses.
Alors, cessons les concerts de louanges et reprenons le pavé, y’a du boulot pour virer les cons !
répondre ︎⏎
# Le 18/10/10, Marco En réponse à : Fin d’un parcours
Ça fait toujours chier les pages qui se tournent. Comme un livre dont on achève la lecture et que l’on a aimé. On reste là comme un con à repenser à cette histoire qui nous a possédés et on sent comme un grand manque nous envahir.
Incontestablement, il y a ici des pages qui se tournent, qui se sont tournées ou qui se tourneront bientôt. Pour les autres, je sais pas. Mais pour toi, j’en vois poindre une nouvelle qui reste encore à écrire, qui n’est encore qu’à l’état d’ébauche. Mais quelle ébauche et quelles promesses elle contient !
A moi, tu manqueras certainement beaucoup quand tu seras parti sur tes océans de rêve. Mais tu as raison de vouloir réaliser tes rêves. La mer sera peut-être moins ingrate, ce qui sera certainement déjà pas mal. Mais, au moins, et surtout, tu vas vivre et ça, ça n’a pas de prix.
Bon vent, l’Amiral et rapporte-nous de belles histoires pour que nous aussi nous rêvions un peu à travers toi.
Et merci aussi pour le temps passé à faire vivre notre utopie.
répondre ︎⏎
# Le 18/10/10, Twigga En réponse à : Fin d’un parcours
Es-tu bien sûr que ce soit la fin d’un parcours ? Je crois que lorsqu’une implication est si forte, si consentie, si raisonnée, elle suit pour toujours. Même en passant à autre chose, autrement, sous d’autres cieux, ce qui fait de toi un motard, ce qui fait que tu partages un certain nombre de valeurs avec cette communauté (bien hétéroclite mais avec un gros ppdc), cela restera sans doute pour toujours, à la barre comme au guidon. Ce qui compte ce sont les valeurs.
V
répondre ︎⏎
# Le 17/10/10, Rouquette En réponse à : Fin d’un parcours
Bons vents (enfoiré). ;o))
répondre ︎⏎
# Le 14/10/10, Guillaume En réponse à : Fin d’un parcours
Tu n’as plus qu’à rejoindre l’association des marins de pleine mer...
:)
répondre ︎⏎
# Le 14/10/10, Fab’ En réponse à : Fin d’un parcours
Merci pour ces 10 années passées au service du mouvement motard.
répondre ︎⏎